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Le logiciel libre sur samizdat.net

vendredi 5 avril 2002, par Samizdat.net


Le choix du logiciel libre est pour nous tout à la fois politique et pratique : il apparaît comme une continuité et un enrichissement du projet même de samizdat d’oeuvrer à la mise en place d’un agencement de dispositifs de communication alternative via les réseaux électroniques.

L’infrastructure de l’Internet repose dans une large mesure sur des ordinateurs tournant sous des sytèmes Unix libres (GNU/Linux et BSD like), ou pour le moins sur des logiciels libres (Apache pour le web, Sendmail pour le courrier électronique, Bind pour les DNS, pour ne citer que quelques exemples). D’autre part, le rôle croissant joué depuis quelques années par les langages de script comme Perl, PHP ou Python à aussi largement contribué à la diffusion de nombreux outils informatiques libres ou open source.

Il y a donc une évidence toute particulière à l’association entre l’Internet et le logiciel libre, produit de l’histoire même du réseau des réseaux, qui plonge ses racines dans l’innovation techno-scientifique des premiers hackers et des communautés de développeurs.

Sans entrer forcement ici dans le détail [1], dans la mesure où la référence au logiciel libre est désormais récurente sur samizdat.net, nous voulons avant tout souligner ici quelques éléments du parcours qui nous à conduits à utiliser des logiciels libres.

Expertise

1. Le choix du logiciel libre a été pour nous d’abord le choix de passer d’une situation de « simples » utilisateurs d’outils logiciels pour l’Internet « tout faits » à la possibilité - y compris en tant qu’utilisateurs « non-experts » - d’aquérir une plus grande maîtrise des outils que nous utilisons, voire de pouvoir les adapter à nos besoins spécifiques.

Lorsque samizdat.net était sur un serveur sous Windows NT nous devions nous plier aux contraintes d’un système d’exploitation opaque et de logiciels - en général des produits commerciaux conçus pour des entreprises - qui l’étaient tout autant. Sans parler des bugs... Des outils offrant peu de souplesse, imposant de passer à la caisse pour chaque amélioration possible, et surtout, conçus pour un modèle d’utilisateur de type entreprise.

La configuration d’un serveur sous système GNU/Linux nous a permis ainsi, à la longue, de nous créer un système « sur mesure » [2], d’y installer des logiciels plus conformes à ce que nous voulions, quitte à les modifier légèrement ou à en modifier les paramètres de configuration.

Rien qui ressemble en soit à un exploit, si ce n’est que, pour la plupart d’entre nous, cela s’est fait au départ sans aucune compétence particulière en informatique, et encore moins en programmation ou en administration réseau. Cela nous a permis en tout état de cause de prendre la mesure concrète d’un des intérêts majeur du logiciel libre : la disponibilité des sources et (surtout) la possibilité de les modifier.

Coopération

2. Le passage au logiciel libre a aussi correspondu pour nous à la découverte d’un monde où l’expertise « technique » se conjugue avec coopération et communauté(s). Contrairement à la classique relation hiérarchique vendeur/client sur laquelle vous bûtez lorsque vous utilisez du logiciel propriétaire - surtout si vous n’avez rien acheté... -, le logiciel libre renvoie presque toujours à des communautés de développeurs et à des communautés d’utilisateurs, particulièrement dynamiques en tout cas en ce qui concerne les outils liés à l’Internet.

Dans notre parcours, qui nous a conduit de la simple utilisation de services Internet, à l’utilisation d’un serveur autonome sous Windows NT (avec nos amis de Sherwood), puis à la configuration d’un serveur sous un Unix libre, la réalité de la coopération autour du logiciel libre a été déterminante. Ne serait-ce que parce que c’est là que nous avons pu puiser nombre de connaissances sur tel ou tel aspect particulier de la configuration d’une serveur ; que nous avons pu confronter nos besoins et interrogations avec d’autres utilisateurs, et y trouver la plus part du temps des réponses.

La dynamique autour du développement de scripts de publication sur le web comme PHPNuke, da Code ou SPIP - qui est largement utilisé sous différentes formes et versions personnalisées sur samizdat - en est une bonne illustration. En participant un minimum au processus de développement du code (au moins au processus de beta-test et au bugtracking), l’utilisateur peut non seulement parfois influer sur celui-ci, peut aussi contribuer en particulier à l’amélioration des fonctions, mais aussi acquérir le minimum d’expertise nécessaire pour utiliser et adapter le logiciel produit. Tout celà n’est possible que parce qu’il s’agit de logiciel libre, où les sources du code sont disponibles et modifiables.

L’esprit du Libre

3. Enfin, parce que nous sommes convaincus qu’un des enjeux sociaux majeurs aujourd’hui est bien celui de l’accès à l’information et aux savoirs, l’esprit du logiciel libre nous semble d’une rare pertinence politique. Là où nombreux sont ceux qui - disons pour simplifier « à gauche » - renvoient à l’intervention de l’Etat, ou du moins au mythe d’un « nouvel Etat providence », la satisfaction des besoins sociaux fondamentaux, le logiciel libre - dans le domaine qui le concerne - a démontré la viabilité d’un modèle de développement où se conjuguent, autour d’un processus coopératif, pratiques communautaires et initiative individuelle, compatibilité économique et « utilité sociale », qui dessine les contours d’une utopie concrète.

« Là ou les tristes sires du vieux monde cherchent à sauver leurs privilèges par la mise en marchandises de nos moindres espaces de liberté, à perpétuer leur pouvoir, changeant l’abondance en pénurie, le mouvement du Libre veut dessiner peu à peu une nouvelle façon de vivre ensemble, une société de création sans oligarchies économiques ni frontières de castes culturelles ou politiques, sans distinctions autres que celles de la reconnaissance des pairs et de l’utilité commune » [3].

Sans verser dans l’extrapolation idéologique intempestive [4], nous pouvons affirmer que le choix du logiciel libre, au-delà de ses dimensions purement pratiques et techno-scientifiques, est aussi pour nous le choix politique d’un savoir que nous voulons disponible et utilisable ; d’un choix culturel qui est celui du « tous experts », comme horizon d’un dépassement de l’expropriation privée des connaissances et des affects que représente la « propriété intellectuelle » telle qu’elle est réellement pratiquée ; d’un choix social d’une richesse que nous voulons voir partagée dans l’abondance.

P.-S.

Copyright © 2001 samizdat.net. Les copies conformes et versions intégrales de cet article sont autorisées sur tout support pour peu que la notice de copyright et cette présente notice soient conservées. Première version, 3 août 2001. Dernière mise à jour le 27 septembre 2001.

Notes

[1] Pour de plus amples informations sur le logiciel libre se reporter à la section francophone du site web du GNU et à celui de l’association April.

[2] Pour ceux que cela intéresse nous sommes partis d’une distribution Red Hat 6 sur laquelle nous avons fait une sélection très serrée des packages, puis nous avons procédé à une mise à jour de ceux-ci avec des versions récentes stables, recompilant si nécessaire à partir des sources les choses les plus importantes.

[3] Extrait de « Place au Libre. Manifeste de Freescape »

[4] Pour se guérir de cette tentation on lira avec intérêt l’article de Sébastien Blondeel, « Le sens et le verbe ».

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